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OPINIONS : Nouveau gouvernement guinéen… de quoi demain sera-t-il fait ?

By   /  June 11, 2018  /  No Comments

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Les enjeux et défis endogènes

Il y a juste trois semaines que la Guinée a un nouveau gouvernement. La nouvelle équipe, concrétisation de l’annonce présidentielle du 8 mars 2018, attendue par les citoyens n’a pas créé de grandes surprises.

Le secret de polichinelle, bien gardé de surcroit, confirma l’arrivée de Monsieur Kassory Fofana et vit le départ de Monsieur Youla : un homme discret, convivial et humble pour ceux qui l’ont approché. Son successeur serait plus enclin aux apparitions publiques remarquées. Popularité oblige, dira-t-on. Cependant, ces dernières années, la discrétion l’emportait chez celui que les louangeurs appellent l’Argentier du pays.

 « Don Kass », (désignation substitutive de Kassory) autre surnom plus strident et percutant imaginé par nos ingénieurs de surnom est donc arrivé à la primature le 21 mai 2018. Mamayas spontanées à son domicile, remuménages dans les hautes sphères comme dans les milieux les plus modestes, explosion de joie dans certains quartiers, dans les bars et cafés, buzz sur le net, etc. Mais très vite, certaines habitudes refont surface.

Une atmosphère qui vire aux « on-dit » et des soubresauts insolites

L’éclat de la nomination est très vite assombri par des habitudes bien de chez nous : couacs, cancans, rumeurs d’immixtion du religieux dans la chose publique, luttes d’égos, entêtements, omissions, décrets et contre-décrets, annonces tonitruantes de ministres déchus, etc. Toute chose qu’on ne voit que dans notre République et qui sait pointer du nez au bon moment pour nous rappeler qui nous sommes. Le nouveau premier ministre n’échappa à la tradition et se vit très tôt face à une situation inattendue.

Ainsi, à peine nommé, le premier ministre se trouve face à une atmosphère polluée par des ragots, des supputations et des complications de toutes sortes. Fleurissent partout sur le net, des informations ou messages plus ou moins fondés. Du genre, Monsieur X a refusé telle proposition. Quant à Monsieur Y, il a fermé la porte aux émissaires de la présidence. On a voulu soudoyer telle personnalité de la société civile, tel syndicaliste pour retrouver la paix sociale. Tel ancien ministre a décliné l’offre de poste qui lui a été faite en opposant une fin de non-recevoir à la dissolution de son parti dans le RPG-Arc-en Ciel. Tel autre homme politique attendait son tour mais à son grand désespoir son retournement de veste n’a pas été payant. Tel membre du gouvernement déchu avait des accointances ou des conflits avec tel autre protégé du président. Si ce n’est avec le président en personne.

Encore plus étonnant. Tel ministère a été annoncé dans le décret mais n’a pas été pourvu contrairement à celui pour lequel un ministre a été désigné alors qu’il ne figurait pas dans la liste diffusée.

 Pour corser le tableau, les femmes ont dénoncé le relent de machisme du système qui ne leur a octroyé que 4 places. Une situation qui a enfanté le hashtag « Pas Sans Elles » qui s’est transformé en mouvement féministe revendicatif.

Les déclarations fictives ou réelles des biens des nouveaux membres du gouvernement qui se seraient passées sans le maître des lieux n’ont pas moins contribué à amplifier la cacophonie.

Les passations de service ont été opérées dans ce méli-mélo. Cependant, l’apparente cordialité entre sortants et entrants a fait oublier les paradoxes et les incohérences des lendemains de nomination.

Le premier ministre prononce à l’occasion de sa prise de fonction son discours-programme en déclinant les priorités de son gouvernement dont il est le chef. Il enchaîne par « le retour au pays natal » du Moriah, les visites de courtoisies et autres salamalecs chez ses amis, anciens alliés ou opposants du jour. Histoire de préparer le terrain. C’est alors que surgi un autre évènement.

Le jeu des chaises musicales

Le temps de faire ses marques, un autre décret fait irruption et lui ravi la vedette : la permutation entre un ministre fraîchement installé et un autre qui aurait été le récalcitrant de la classe. Ce dernier aurait opposé un niet catégorique à la proposition qui lui aurait été faite par le président en personne. Trop de conditionnelles pourtant confirmées par le décret bis ou contre-décret.

Ainsi le ministre de l’environnement sera parachuté au cabinet vacant de l’élevage au profit de celui qui occupait les transports dans l’équipe sortante. On me dira, à bien y réfléchir, il s’agit juste d’une permutation qui n’a rien de contre nature car l’élevage se pratique bien dans l’environnement. Surtout, le nouveau para-chuté ne s’en offusquant aucunement pourrait, à coup sûr, nous procurer de la nourriture bio qui manque tant dans notre monde de surgelé et de fast-food. Il n’y a donc pas lieu d’hérisser les poils.

 Mais on taxe ce rapprochement de malsain en y voyant un coup de pouce (si ce n’est de gueule) de certaines notabilités. D’où les manifestations récentes dans l’une des villes basse-côtières. On dirait que les manifestants oublient qu’il s’agit d’une habitude bien de chez nous. Et comme tel, il n’y a pas lieu de disputer nos rues aux tas d’ordures qui ne trouvent même plus de place.

  Les mauvaises langues manifesteront leur surprise autrement. Elles saisissent l’occasion pour dénier le statut de chef de gouvernement au premier ministre. Elles voient derrière ce jeu de chaises musicales un message de N’koro.  Le Grand Manitou qui a toujours une surprise dans sa besace.

Quoi qu’il en soit, le nouveau décret aurait moins de retentissement si le promu à l’environnement ne se fendait dans tous les médias des propos de bienvenue à celui qu’il considère comme un transfuge.

Lisons plutôt sa déclaration relayée par un site Internet guinéen : « … J’ai dit que quelqu’un d’autre qui a passé tout son temps à combattre le régime, à nous insulter, ne peut pas prétendre me remplacer dans le Département. Il dit qu’il faut absolument qu’il soit à ce département, j’ai dit non ». Avant de conclure : « Je salue la population de Kindia, (sa ville d’origine), je lui suis très reconnaissant. Parce que jusqu’au samedi, ils ne font que faire des prières », sous-entendu pour lui. On ne peut pas mieux se farcir un futur collègue.

Une telle posture qui cache à peine un égo démesuré ne risque-t-il pas de compliquer davantage la tâche du nouveau premier ministre ? Qui prétend tenir sa nomination des prières, c’est-à-dire de l’unique Grâce de Dieu, se soumettrait-il à un humain, fut-ce-t-il président ? Qui tient tête au président en personne baissera-t-il la voix ou les yeux devant un premier ministre ? Qui impose au président, cédera-t-il à son premier ministre ? Qui se sent nommé par la volonté populaire obéira-t-il à une feuille de route d’un gouvernement ? Ces interrogations ne sont pas fortuites. Elles posent la question du combat à venir pour une bonne gouvernance.

Les premiers enjeux et défis

 Soulever les questions précédentes a pour principal vise objectif de montrer l’atmosphère dans lequel le gouvernement Kassory a démarré et ne vise aucunement à remettre en doute les qualités de l’homme. Ion pourrait dire qu’avant de « dépasser la Côte-d’Ivoire », Don Kass a une sorte de spectre à ses côtés.  Du moins, il a plus côté que lui, si on s’en tenait aux raisons de la nomination environnementale de son ministre.

C’est également montrer que chaque gouvernement à ses enjeux et défis endogènes et exogènes. Ceux du nouveau premier ministre sont avant tout endogènes. D’où la question de collégialité, d’entente, de cordialité, de tolérance et d’acceptation des uns et des autres : gage de réussite de toute équipe.

En effet, comment pourrait se comporter ou réagir un ministre qui a été reçu, de la part d’un de ses collègues, par les propos mentionnés plus haut.  On nous dira que l’intéressé a accompli le plus dur : passer d’anti à pro-système. Mieux, il a pris des galons en se hissant porte-parole. Mais, quelle que soit notre capacité d’adaptation, il y a des couleuvres plus difficiles à avaler que d’autres.

Enfin, espérons que « l’accusateur » qui traite le nouveau venu aux transports indigne de le remplacer ne dit pas tout haut ce que d’autres membres du gouvernement penseraient tout bas. Tout cela semble indiquer qu’il va falloir à M. Kassory plus d’une mise au point, plus d’un poing sur la table, pour faire coexister certains. Ce, pour éviter que les coups de sabots ne se transforment en coup-fourré ou inversement.

A cette inimitié dévoilée, il y a la spontanéité avec laquelle, des CV tous azimuts ont été fabriqués pour être balancés sur la toile. Histoire de se donner un nom alors qu’il s’agit de masquer la réalité des faits : le complexe d’infériorité de certains. En tout cas, cette fulgurance de CV pose problème dans un gouvernement qui se voudrait transparent.

 Ces CV fourre-tout font ressortir que la scolarité et l’expérience professionnelle de leur titulaire ont commencé bien avant leur naissance. On peut se satisfaire qu’ils n’aient été question de loisirs et sports. On se serait bien demandé où se sont-ils exercés ?

Plus sérieusement, celui qui falsifie son CV sera-t-il honnête dans la gestion de la chose publique ? La malhonnêteté intellectuelle n’est-elle pas génératrice de malhonnêteté morale ou politique ? La première probité, n’est-elle pas de dire avec fierté qui on est tant sur le plan social, professionnel qu’académique ? A mon avis, le premier ministre devrait commencer la lutte contre la corruption, une de ses priorités, en épurant le CV de certains de nos ministres.

Je me limiterais à ces écueils de prise de fonction qui révèlent de vrais défis tout en ajoutant que mon souci n’est point d’envenimer une situation déjà compliquée. C’est juste manifester le désir de voir enfin du nouveau apporter de la nouveauté dans notre chère Guinée.

La tâche sera-t-elle facile ?

Les défis à relever risquent d’être plus difficiles et pour M Kassory et plus compliqués que pour d’autres.et ce n’est pas la fin de mandat qui les simplifierait.  En outre, combien de bonnes volontés ont foiré chez nous pour des raisons tant obscures, insensées, inexplicables qu’ahurissantes ? Je me suis toujours demandé quant à moi, et je me le demande toujours, comment la Guinée, notre pays qui avait tant de chance, a fait pour échouer sur l’essentiel.

Monsieur Kassory devrait-il se rappeler qu’il est le huitième ministre de la Guinée, rien que de 2007 à maintenant. Il est le septième depuis le gouvernement de consensus. Le huitième de la liste pourra-t-il réussir là où les premiers ont échoué ? Prédisons-le. Ne dit-on pas que la force du Ciel se manifeste quand tout semble perdu ? Autant dire que le nouveau gouvernement pourrait bien faire plus que les autres.

Pour cela, le chemin, un long chemin, est à baliser avant d’emprunter la route de l’espoir pour arriver à bon port. Le premier ministre n’y arrivera qu’en mettant en valeur tant ses qualités que celles des piliers et des poids lourds de votre gouvernement. Et il y en a.  J’en veux pour preuve la réussite de certains qui se sont illustrés dans la résolution des derniers conflits sociaux.

Mais cela ne suffira pas. Il faudrait que M. Kassory soit sourd aux sirènes de la réussite : ces louangeurs qui vont se hâter de lui trouver un nouveau surnom avant de le changer en sobriquet s’il échouait.

Il faudrait qu’il ose plus que ses prédécesseurs. Et c’est le plus difficile pour un homme politique. C’est aussi le plus simple. Il y a ceux qui osent aller vers la réalisation de leur rêve de celui de leur peuple, pays ou nation. Il y ceux qui osent se mentir en voulant berner ceux qui ont cru en eux un jour ou un moment.

 Vous devez oser M. Fofana au sens où ce terme est le commencement de la réussite. Vous devez oser en étant vous-même sans en abuser trop. Face à cette attitude, il y a les enjeux et les défis à relever tant pour aujourd’hui que pour demain. Ils se résument à la manière dont vous aller agir pour mettre en œuvre l’action gouvernementale.

La réalisation de ces enjeux détermine votre devenir en tant que premier ministre et votre avenir en tant qu’homme politique. Cela vous concerne tout personnellement et je ne m’y étendrais pas. C’est un défi qu’il vous appartient de relever.

Vous ne pourrez y parvenir sans la satisfaction des attentes des populations mais aussi de vos adversaires.

LAMARANA_PETIT

Lamarana-Petty DIALLO                  

lamaranapetty@yahoo.fr

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  • Published: 6 months ago on June 11, 2018
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  • Last Modified: June 11, 2018 @ 2:17 pm
  • Filed Under: Opinions

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